Avant de reprendre l’analyse du mythe au point de rencontre du héros veneur et de la Dame en ses métamorphoses menstruelles, un retour vers les enfances du premier permet de mieux comprendre comment il se prépare à la destinée qui lui est promise. Nous voyons alors ce fils de la veuve passer d’une forêt à l’autre, et de l’état de candide où il est bercé par sa mère de lait, à celui de candidat à l’amour de la belle de la fontaine, laquelle deviendra son épouse de sang. Cette rencontre mêle étroitement les principes invisibles de la vénerie (le cour) aux lois subtiles de la vénération (la courtise) que la Dame inspire par l’éblouissement de sa beauté et par son regard subjuguant. Mais le pouvoir de la Dame, tient encore davantage aux mystères qui la lient à la terre qu’aux secrets dont elle se sert pour attirer son élu. Elle se révèle alors la souveraine de cette terre qui accueille en son sein le héros en quête de renommée. En tant qu’incarnation du sol, elle est l’éternelle épouse de tous les rois qui se succèdent et qu’elle seule choisit, en faisant d’eux les régisseurs des biens qu’elle produit en conséquence de leur union charnelle. Comment ce processus de fertilisation de la terre s’inscrit-il dans cette économie du flux menstruel de la déesse ? Comment s’opère cette hiérogamie où l’on voit la royauté procéder de la souveraineté ? Quel est ce sceau, enfin, qui parvient à faire d’un aventurier un roi puissant ? Ce mythe d’investissement de l’espace et d’investiture des rois et des lignées se déploie dans d’innombrables récits, sous la forme de légendes, de récits épiques et de contes populaires. Toutes ces variantes semblent cependant puiser leur source dans l’extraordinaire épopée de Gilgamesh, ce roi légendaire d'Uruk en Mésopotamie. En annexe : Essai de typologie des isotopes de la mue menstruelle dans les récits d'union à la Dame de l'Autre monde.
Serpent
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La souveraine de l’Autre Monde en quête de son régisseur. 3ème partie : La gloire du régisseur et l'ombre de Gilgamesh
"L'envol de Judith". Sylvie Petit, 2007. (technique mixte, 50 x 70)
20051 ressource0 publication0 commentaire -
La souveraine de l’Autre Monde en quête de son régisseur 2ème partie : Vénusté, vénération et venimosité des dames de l’Autre Monde
"Les trois juments". Sylvie Petit, 2007. (technique mixte, 70 x 100)
Lire la suiteLa rencontre du père, médiateur du projet du lignage, oblige à un passage dans l’autre monde ainsi que l’assomption du « père en soi ». Il reste que cet accès à l’autre monde est facilité, ou motivé, ou les deux à la fois, par la présence proche d’un étrange personnage féminin aux attributs et aux fonctions remarquables. Nous nous intéresserons plus particulièrement à l’étude du personnage inquiétant de la Reine Sibylle, éponyme du récit d’Antoine de La Sale, figure étonnamment proche de celle de la fée Mélusine et des autres dames serpentes. Comment expliquer les rapports qu’entretient cette entité féminine avec la topique de l’intermittence d’une part, topique mise en évidence par ces portes, réelles ou suggérées, battant à l’entrée de l’autre monde, et avec celle, d’autre part, de la thériomorphie ou de la métamorphose en animal qui semble caractériser la dame de l’autre monde ? Après avoir estimé l’intérêt d’une possible lecture de la Dame dans sa fonction utérine, nous suivrons quelques unes de ses métamorphoses en serpent, en colombe ou en biche pour chercher à dévoiler un peu du mystère qui entoure l’union qu’elle célèbre au profit de son élu, guerrier ou veneur, union toujours placée sous l'empire de la période menstruelle.
20041 ressource0 publication0 commentaire
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